Synopsis
Lors de cette froide matinée fin 73 à l’aéroport de Santiago du Chili, Luis ne pensait pas qu’il allait lui falloir 35 ans pour reconstituer les feuillets que les militaires venaient de saisir, vingt feuilles où il décrivait son expérience à l’ambassade d’Argentine.
Ces feuilles du souvenir se sont reproduites avec le temps pour générer les archives de son esprit, les écrits de sa mémoire.
C’est sa mémoire qui donne de la consistance au récit de l’expérience intense vécue dans une ambassade qui de jour en jour rapetissait, à mesure de l’arrivée quotidienne de réfugiés, qui pour échapper à la mort, jouaient leur peau, en sautant par-dessus les murs, se lançaient dans des actions suicidaires pour entrer par la seule porte possible, qui se trouvait entourée par des mitraillettes et des soldats, ou se jetaient depuis les maisons voisines.
Les réfugiés ont fini par être 750 et vingt nationalités différentes.
Il y a des femmes, beaucoup sont enceintes, et des enfants. La tragédie de la mort de la démocratie au Chili les unit, et en résistant de jour en jour, ils constituent un ensemble, consolidé par les relations humaines et une discipline de groupe qui naît spontanément, à cause du quotidien qui leur est donné, qui les confronte à des questions de vie et de mort.
Tous les réfugiés ont une formation politique. Ils sont ingénieurs, scientifiques, ouvriers spécialisés, enseignants, dirigeants syndicaux, architectes, artistes, avocats, juges, militaires, médecins. Ces derniers improvisent des consultations et ils réussissent à assister 8 des 30 femmes enceintes qui accouchent sur la table de billard.
Ils s’organisent pour parer à toute attaque. Les médecins peuvent intervenir si l’un des réfugiés est déboussolé ou souffre de crises d’angoisse, les débats idéologiques se mettent en place, trois équipes font fonctionner la cuisine- dont Luis. Il n’y a qu’une seule salle de bains qu’ils gardent impeccable parce qu’il est impératif de la maintenir en bon état. Il n’y a pas de papier hygiénique et ils découpent des morceaux de papier journal qu’ils humidifient en cas de besoin avec une petite éponge laissée en permanence à côté des W.C.
L’histoire de cette ambassade, Luis la fait vivre, année après année, à l’aide de sa machine à écrire « Colibri », la reine des claviers à cette époque là.
Les personnages et les faits prenaient forme, grandissaient et rapetissaient, aussi bien les visages que la taille et les traits de chacun, avec le risque de les idéaliser,
À mesure que le temps passait, Luis devait confronter ses propres doutes, entre ce qu’il pensait juste, ce qui ne l’était pas et ce qui, peut-être, n’était que le produit de son imagination. Ses souvenirs commencèrent une course contre le temps; parfois Luis courait derrière ses personnages, parfois ses personnages lui couraient après. Il était obsédé par l’impression d’être dans un labyrinthe ou tout ce qu’on perçoit est soit devant soi, soit derrière soi, parfois les images sont floues, parfois elles sont très claires, mais persiste la peur de la déformation née de l’imagination, la peur d’inventer ce qu’il a oublié.
35 ans ont passé et Luis est dans la dernière ligne droite de la reconstruction de ces faits. Il en fera un manuscrit, entre une combinaison de ses souvenirs et la réalité telle qu’il est allé chercher dans les archives d’Argentine et du Chili.
Dans l’avion qui l’emmène à Buenos Aires, il en est sur : cette alliance donnera une vie réelle aux personnages de son histoire.
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