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Lors de cette froide matinée fin 73 à l’aéroport de Santiago du Chili, Luis ne pensait pas qu’il allait lui falloir 35 ans pour reconstituer les feuillets que les militaires venaient de saisir, vingt feuilles où il décrivait son expérience à l’ambassade d’Argentine.
Ces feuilles du souvenir se sont reproduites avec le temps pour générer les archives de son esprit, les écrits de sa mémoire.
C’est sa mémoire qui donne de la consistance au récit de l’expérience intense vécue dans une ambassade qui de jour en jour rapetissait, à mesure de l’arrivée quotidienne de réfugiés, qui pour échapper à la mort, jouaient leur peau, en sautant par-dessus les murs, se lançaient dans des actions suicidaires pour entrer par la seule porte possible, qui se trouvait entourée par des mitraillettes et des soldats, ou se jetaient depuis les maisons voisines.
Les réfugiés ont fini par être 750 et vingt nationalités différentes. (...)
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